Une bonne éducation (2013)

CVT_Une-bonne-education_2794Présentation du livre par l’éditeur (éditions Dialogues) :

Anne, la narratrice, Alice et Romain avancent main dans la main dans une vie qu’on pourrait croire douce. Promenades au Champ de Mars, au pied de l’immeuble familial, équitation, prestigieuse école privée… Sœurs et frère, ils reçoivent cette bonne éducation des grandes familles bourgeoises, qui enseigne aux enfants culture, droiture, respect. Mais quand le vernis craque, quand la violence s’insinue, quand la famille se décompose, ce voile de bonnes manières les réduit au silence et les consume à petit feu. Heureusement, peinture, littérature, musique apportent espoir et réconfort. Et puis il y a June, la jeune fille au pair, Adélaïde et Marianne, les grands-mères attentives, et le cheval, le Pays de Galles et la Normandie – rêves et instants de liberté.

Dans ce roman d’apprentissage, la cadette prend la parole, délie les mots prisonniers d’une lourde chape de silences et de non-dits. Elle raconte, démêle les souvenirs, souffre, grandit. Et le lecteur absorbe l’émotion qu’offre une narration sensible où pas un mot ne manque, pas un mot n’est superflu. Dans le sillage de François Mauriac et Hervé Bazin, Sylvia Tabet embrasse ici une certaine tradition littéraire française, qui nous convie au plus près de l’intime, du fragile.

Pour en savoir plus :

L’Atelier rouge (2010)

Capture d’écran 2015-10-25 à 15.01.24Présentation du livre par l’éditeur (éditions Dialogues) :

Un huis clos. Trois personnages. Un dialogue entre les deux peintres à travers lequel on tente de comprendre ce qu’est la vie, ce qu’apporte étrangement la mort, et la nécessité vitale de l’art. Une introspection qui prend les allures d’un monologue. Romain Gary se met à nu, se livre, avec sincérité et pudeur. Une pièce de théâtre en forme de roman. Un roman aux frontières du théâtre.

Quatrième de couverture :

New York, une nuit de novembre. La pluie tombe. Au milieu d’une grande pièce dont les murs sont peints en rouge sombre, Mark Rothko et Nicolas de Staël entament un dialogue surgi du passé et de l’histoire. Ils évoquent leurs cultures mêlées : une enfance brisée, des chocs imprécis, des croyances, des fulgurances du souvenir. L’ombre des parents, la Révolution russe, les images mythologiques, les ors merveilleux de l’art byzantin, l’influence des maîtres. Un retour aux sources émotionnelles et intimistes de ces artistes fragiles, où la passion de la peinture vient puiser sa force et ouvrir la voie à la postérité. Embusqué dans un coin, Romain Gary observe les deux peintres et se livre, lui aussi…

Pour en savoir plus :

Illustration : L’assassinat du Duc de Guise, Sylvia Tabet, 2004 (détail)

Les Patientes (2010)

Capture d’écran 2015-10-25 à 15.25.56Présentation du livre par l’éditeur (La Découverte) :

Dans une semaine, j’échange ma place contre la liberté, je la cède à une autre, à un autre sein. Je vends tout à une autre femme. J’imagine une silhouette avec un bandeau sur les yeux, anonyme. J’aurai la guérison modeste. Du jour où je suis entrée dans cet endroit, j’ai compris que c’était un nouveau « chez-moi ». Un point de passage à fréquenter le moins possible, mais voilà : Curie, c’est chez moi et c’est chez nous. Il ne peut en être autrement. Jeudi, je partirai peut-être sur la pointe des pieds, sans le dire à aucune de celles qui attendent là, mais je partirai. Et le fait même de partir en fera venir une autre. Le premier jour, elle s’approchera d’un siège avec timidité, et puis comme tout le monde, elle s’assiéra en baissant lentement les genoux. Elle regardera alentour avec pudeur, en s’attachant le moins possible aux visages.

Pour en savoir plus :

Still Life (2008)

« Une authentique nature morte naît le jour où un peintre prend la décision fondamentale de choisir comme sujet et d’organiser en une entité plastique un groupe d’objets. Qu’en fonction du temps et du milieu où il travaille, il les charge de toutes sortes d’allusions spirituelles, ne change rien à son profond dessein d’artiste: celui de nous imposer son émotion poétique devant la beauté qu’il a entrevue dans ces objets et leur assemblage » (Charles Sterling, historien d’art français1901-1991).

still life 2Lorsque j’étais enfant, je n’aimais pas visiter les musées. Des dimanches gris passés à bouder des natures mortes en les dépassant au long des murs, j’en ai connu beaucoup et je m’en souviens encore. Vous aussi, peut-être. Ces grappes de raisin, ces pommes parfaites et luisantes de vernis, ces volailles mortes encore en plumes, posées à côté d’une carafe de vin vide à demi, je les trouvais laides. Mais ce qui me gênait le plus, c’était leur affectation. Leur côté artificiel et omniprésent. Posé, au sens photographique et statique du terme. De là venait pour moi ce « mauvais goût ». La nature morte m’apparaissait comme une démarche surannée, poseuse et vaniteuse, trop ostentatoire.Et de fait, cet art revêtait une fonction moralisatrice. Il avait servi des préoccupations politiques et religieuses. En conjuguant mimétique et. symbolisme, il avait rengorgé les appétits d’embourgeoisement de sociétés en pleine évolution, du nord des Flandres jusqu’au sud de l’Europe.

Plus tard pourtant, j’ai compris que la nature morte pouvait aussi concerner les choses de l’esprit et permettre d’accéder au silence lorsque l’objet du tableau n’était plus – ou pstill life 1lus seulement – son sujet. La toile exhalait alors une sensibilité particulière. Ces tableaux restituaient au monde sa complexité et son mystère. En cela, ils le racontaient et le respectaient. Je pense d’abord à Giorgio Morandi et Nicolas de Staël.

En jouant des extensions possibles du double vocable de Still Life, j’ai tenté de montrer que ce qui prime finalement sur l’état des choses, c’est le fait même de ces choses. Et que nous puissions ressentir cela. Ce mystère.

Ainsi je vous livre ces mots qui viennent traduire Still Life ; ce sont ceux-là mêmes qui soutiennent le sens de mon travail depuis dix ans : calme, quiétude, silence, cependant, pourtant, vie silencieuse ou vie immobile… Et pourtant la vie, qui pourrait tenir lieu de sous-titre aujourd’hui.

Voir quelques tableaux de l’expo.